Cure de rice & curry

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Nous sommes arrivés dans ce petit village en montant sur une charrette pour traverser les champs, en filant entre les lotus sur une barque et en empruntant un chemin de terre bordant un lac.
Une femme nous accueille, et nous allons avec elle confectionner le repas quotidien Sri-lankais, le curry. Dès le premier jour de mon voyage, j’ai goûté à ce plat iconique du pays, immédiatement séduite par ses saveurs multiples, son association de petites portions – il y en a partout autour de moi et je peux goûter à tout sans complexe car c’est comme cela que l’on déguste ce plat.
Si la Birmanie m’avait initiée à ce principe de plat en buffet, c’est avec un souvenir fade et gras que j’étais repartie, heureusement réparé ici.
Je mets donc la main à la pâte avec joie, et commence par mimer cette femme au sourire franc et gracieux. Je prends place sur un petit banc à ras du sol, au bout duquel un bras coupant est installé pour le transformer en râpe. C’est l’ustensile clé des cuisinières sri lankaises. Cette femme me montre la technique pour râper la noix de coco. C’est précis et efficace. Mon essai est bien moins concluant, mon geste est peu assuré face à cet objet si tranchant et je n’ai pas mes marques dans cette position inhabituelle, mais je réalise ma tâche de commis avec une bonne volonté de débutante.
Une fois la coco râpée, elle est mêlée à du piment grâce à un pilon de pierre installé à l’extérieur de la maison. C’est un autre outil clé de la cuisine, chaque maison en est équipée. Nous venons de confectionner le Sambal. Il agrémentera le riz blanc et les lentilles corail qui cuisent doucement dans du lait de coco.
On y associe ensuite le poisson séché et les haricots verts pimentés, puis il est temps de nous asseoir tous ensemble sur le banc de boue séchée avant de recevoir notre repas dans une grande feuille de lotus.
L’air chaud passe à travers les stores de bambou, et bien que je me sente encore touriste, je partage le même sourire franc que la cuisinière qui m’a guidée, et le même plaisir à déguster ce plat.
Nous profitons tous de notre festin avec les mains, et l’expression s’en lécher les doigts prend tout son sens.

TGV

Un vendredi soir d’août, 20h38. Ambiance chassé-croisé, les porte-bagages sont blindés, chacun semble fin prêt à quitter la capitale pour plonger dans le lâcher-prise des vacances. Seul hic, le TGV a déjà 30 minutes de retard. La 1ère annonce du contrôleur résonne. La panne s’éternise, nous ne partirons pas avant 21h.

Quelques soupirs, des raclements de gorge. Puis le son de l’alu qui dévoile un casse-croute. Le paysage ne défile pas à travers les grandes vitres du wagon, le quai en béton gris est statique.
« Allo ?! oui c’est moi. Tu diras à Mamie qu’on va être en retard. » Plus fort. « Tu-diras- à-Mamie-qu’on-va-être-en-retard. Ah bon, ben dis le à Papi alors.»

Chacun y va de son encas. Une odeur de frites grasses encore blanches, sans doute achetées en vitesse dans un fast-food du hall de gare, laisse place à celle de l’œuf dur, généralement accompagné d’une banane. Le bruit du papier qui se froisse, l’alu que l’on ramasse dans un poing, une cannette qui s’ouvre.
Tous ont diné seuls face à sa tablette, mais en sortant moi aussi mon frichti, j’ai finalement le sentiment – suis-je la seule ?- d’avoir partagé avec ces inconnus un court instant de convivialité en silence.

Filet-O-Fish

Filet-O-Fish

Départ au crépuscule, il est près de 17h à Ngapali beach en Birmanie.
Les moteurs pétaradent, leurs fines hélices rouillées frappent l’eau turquoise. Une poignée d’hommes a investi chacun des navires et debout, ils suivent le mouvement des vagues, tout sourire et clope au bec. Les rires des matelots et les scintillements de lumière des lampions suspendus entre les mâts branlants donnent un air de fête foraine à ces embarcations qui s’enfoncent dans la nuit naissante. Tandis qu’elles s’éloignent de la côte, la boule de feu du soleil, seul signe visible à l’horizon, décline.

Les vagues créées par les embarcations sont passées, le ciel se teinte d’un bleu sombre et brille sur la ligne d’horizon le souvenir de leurs légères embarcations.

Au matin, le fruit de leur labeur se retrouvera sur la plage. Leurs poissons se languiront au soleil, miroir de leur repos dans les cahutes de bambou.

La plage de rêve en Asie c’est là :

 

 

Bijoux iodé

Marennes-Oléron

Marennes-Oléron à Rochefort sur Mer

Ceci n’est pas un lot de cagettes verdâtres débordant de coquilles. C’est un voyage au fond des mers. C’est un courant d’air à marée basse un jour de ciel bleu de printemps. C’est un lagon dans un chemin boueux.
Nemo serait tout-fou devant ce spectacle, il aurait un tapis de rocailles où se grater les écailles. C’est dans les bassins de Marennes que l’on trouve cette carpette d’huitres si spéciales.

L’hiver, elles ressemblent bon-an mal-an à toutes ses consoeurs, épaisses, goulues, déversant leur trop plein de serum lacté dès la première bouchée. Mais quand arrive l’été, les beaux jours et leurs soirées encore fraîches, elles revêtent leur plus bel atour, ce vert d’émeraude qui pourrait voler la vedette à la nacre d’une perle. Car à chaque ouverture, la vitrine de la bijouterie lève le rideau.
Sa collerette de reflets verts-bleus dignes d’une mer orageuse ensorcelle.

Madame exige d’être affinée en eau claire pour acquérir cette couleur si particulière. Fine et très iodée, son charme semi-précieux éclate à la première bouchée. Et alors, même l’éternité d’un diamant ne saurait lui voler sa place de préférée.

Trouver des Marennes-oléron : au marché couvert de Rochefort sur Mer,
les mardi, jeudi et samedi

Pas de pitié pour les croissants

English Breakfast

Au petit-déjeuner, la journée commence seulement, tout peut encore arriver. Le réveil progressif me laisse en partie dans mes songes. Le premier repas de la journée s’annonce, et tout est permis. Café, latte, thé, ou chocolat. Changer, redécouvrir, varier les plaisirs, m’adapter aux pays que je visite. Ciao les croissants ! Un nouveau monde s’ouvre à moi.

Les english ne sont pas mal sur ce coup là. Scones, pancakes, marmelade, et même Marmite. Vous l’adorez ou vous la détestez. J’ai choisi mon camp, je l’adore. Un pain de campagne frais et grillé, une très fine couche de ce goût salé, presque cramé. J’appartiens à ce camp là.

Dans cette petite cour de Columbia road à Londres, ce café insolite est parfait. En fond de cour, quelques tables au calme en retrait de l’activité du marché aux fleurs. Un macchiato serré pour finir de m’éveiller et exercer mon oreille à l’accent british. Les badauds défilent : prendre un take away, c’est une institution ici, un bouleversement pour les parisiens accrochés à leur espresso au comptoir et pour moi, l’occasion de m’installer face au vas et viens et d’observer.

Ma pâtisserie et mon gobelet me suffiront-ils à passer pour une londonienne ? Let’s try it.

 

Cérémonie d’ouverture à Londres

Fromagerie Londres

Un samedi matin d’été. Il fait frais, je traverse le London Bridge à pied et m’arrête pour profiter de l’onde de sérénité qui s’échappe de la Tamise. Tower Bridge en face porte 5 anneaux multicolores : la citadine n’a jamais regroupé autant de muscles au mètre carré, il se trame un truc qui s’appelle les JO.

Le marathon que je suis venue chercher est celui des échoppes de producteurs locaux du Borough Market. Je ne sais pas où donner de la tête. Les pains de campagne font la course, les stands de burgers veggie sont dans les starting blocks, je sprint pour goûter chacun des english cakes.

En sortie de virage du marché, une échoppe à fromage. Belle, devanture en bois d’un bleu profond, immense vitrine donnant sur les rangées de fromage. Je suis au pays du pudding fluo mais mes yeux m’envoient en Aubrac. Des tonnes de fromage prêts pour concourir au lancer de poids du meilleur affinage. A en croire l’affluence d’english à l’intérieur, le goût pour la moisissure a pris l’Eurostar lui aussi.

La sélection officielle des fromages anglais et autres divisions, c’est au Borough market, le marché trop cool de Londres

Lumière sur la salade

Salade Ferry Building Market San Francisco

Le soleil entre sur cette caisse de feuilles vertes comme une illumination. Elue par le marchand pour sa fraîcheur, elle éclate de vitalité dans sa cagette, autant qu’un diamant dans un tas de charbon. Si on se laissait choir dans ce volume aérien, on y rebondirait.

Ses nuances de vert et de couleur terre rappellent les temples de Bagan en Birmanie, au crépuscule. C’est pourtant dans la ville des foodies que la multiplication s’opère, plus précisément au ferry building market de San Francisco. Il rassemble tant de veggies dévoués qu’elle trouvera bien une âme charitable pour lui offrir l’hospice de son panier et plus si affinité.

A San Francisco, they don’t « messe » avec la fraîcheur des ingrédients.

Le ferry building de San Francisco c’est là :
et on est sûr d’y trouver de quoi dévorer un breakfast à l’américaine – mais local, et au moins un éleveur de chèvre avec son bâton de pèlerin.