I eat New York

C’est un souffle de finesse avant la tempête de transfat, un rayon de sérénité avant la débandade de ketchup, un oasis de légèreté avant l’avalanche de calories. Si nous sommes bien à New York, cette infusion de lavande au matin d’un 1er janvier ne présage en rien du déballage culinaire qui suivra.

New York, oui, c’est la ville des tops filiformes Nike aux pieds et long black coffee à la main, mais c’est aussi le statut de liberté culinaire.
Alors on fait péter les donuts chez Dunkin d., on envoie les parts de giant pizza, on roule pour les bagels, on allonge les burgers, on fait sauter les pancakes, on craque pour un hot dog minute sur la 5ème, on s’enfile un muffin chez Magnolia, on s’arrache un bretzel à central park, on salive devant des oeufs benedict, on redemande du cheesecake et on guette le brownie.

Ici, les aberrations diététiques n’existent pas. Pizza en plat, beignet en dessert ? No problem! Cookie au gouter, Mac-do le soir, so what?
Le lynchage des bonnes habitudes fait partie du voyage, il est simplement à la hauteur des buildings qui nous entourent. Etourdissant !

 

Grenade en mal d’explosion

Il faut avoir gravi la montée qui mène à la tour Galata d’Istanbul pour se voir offrir un spectacle si pétillant. Le rouge vif de la grenade tranche avec le pavé terni et le plastique primaire de la cagette. Les oranges rappellent la nuance rosée de leurs voisines, elles flattent leur teint incandescent. Alors, au risque de voir diminuer cette source de lumière, on s’offre, sur le trottoir, un jus minute de ces joyaux.

Mais la grenade est menteuse, si chatoyante, et pourtant si fade ? Une chaire joliment dentelée mais si peu explosive ? Mais pourquoi ne remplit-elle pas cette promesse de douceur sucrée ?!

Cette première tentative dégoupille une légère déception, mais rappelle le charme d’un moment de découverte sur une place étrangère, dans une langue inconnue et un climat trop doux pour un automne parisien.

L’essai suivant aura été le bon, l’acidité de ses petits grains se sera cette fois-ci mariée à l’âcreté du tahini et de l’aubergine. La grenade se laisse cuisiner.

Place de la tour Galata
Sishane, Istanbul
Turquie

 

Une envie de fraises

L’embarras du choix. C’est plus d’une dizaine de desserts qui me fait face. Ils sont tous joliment dressés sur leur plateau à hauteur variable, et attirent mes yeux tour à tour. En haut la meringue aux cerises, ici une tartelette aux pêches, là un clafoutis aux abricots, un parfait au chocolat, un autre avec une tête de baba.
Après une réflexion futile –choisir en fonction du nom, de la forme, de la couleur, de mon imagination ? C’est le cheesecake goyave-fraise, ici au centre, qui aura raison de ma gourmandise.

J’aurais voulu tous les goûter, mais la première bouchée emporte tous les doutes. Les fraises sont découpées en tranches fines, le biscuit est justement délicat, il laisse découvrir une mousse très légère qui diffuse onctueusement ce doux goût des Antilles.

Le temps se ralentit avec délices, et construit un moment ambigu où chaque bouchée rapproche de la fin, mais ravive une once de plaisir.
C’est une certitude, seul Ottolenghi sait faire cet effet là.

Ottolenghi
287, Upper street
Londres
http://www.ottolenghi.co.uk/

Pasta cosi

Admettons, tout de go, que la ripaille italienne soit un coffre à plaisirs. Soit. On pourra vous le certifier, je suis d’ailleurs bien incapable de refuser une assiette de pâtes. A la tomate, primavera, en lasagne, un mac & cheese, je les aime toutes.

Mais si en plus, je vous dis que la pasta s’incruste dans un menu dégustation à 4 plats, que la cuisson est aussi précise que l’atome, que le fumet titillerait un nez professionnel, et que la carte des vins est épaisse comme un annuaire de chine, pas mal hein ?

Ah oui, il y a aussi cette situation dans une petite rue à pavés déglingués, tellement paumée qu’elle en est abritée des touristes, garantie d’un moment authentique. Et finalement, comme on est en Toscane, à Sienne, deux pas suffisent pour frissonner de tout ce que la dolce vita peut nous offrir de plus.
« A buon intenditore poche parole »

Tre Cristi
Vicolo di provenzano 1/7
53 100 Siena
Italie
www.trecristi.com

Photographie provenant du site internet