Du Pain et des Idées

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Ce n’est pas le nom d’un livre, mais d’une boulangerie sacrée meilleure boulangerie de Paris en 2008 par le Gault et Millau. Si je devais en écrire mon résumé, voici ce que je dirais. 

Capricieuse. Elle peut se permettre d’être fermée les jours de grasse matinée et de petit déjeuner à rallonge, alors pour profiter du pain des amis, d’un escargot pistache ou de sa brioche si réconfortante, mieux vaut être touriste, free-lance ou retraité. Si bien que lorsque mes promenades de mère au foyer temporaire me mènent devant son entrée, je n’hésite jamais à saisir l’opportunité de ses portes ouvertes.

Distinguée. Chaque achat prend place dans un joli papier bleuté siglé d’un sceau doré, de ceux qu’il fait mal au cœur de jeter. Cet emballage-là traîne toujours quelques jours sur ma table avant de rejoindre la poubelle, faute de n’avoir pas encore trouvé quelle seconde vie lui donner.

Relevée. Le fameux Pain des Amis me fait toujours saliver. Mais d’où vient le goût sucré-torréfié de sa croute ? Cette saveur subtile n’appartient qu’à lui. Cette fois-ci, il révèle tout son pouvoir passé au gril, enveloppant deux carrés de chocolat noir qui fondent à son contact. Le cacao fondu et ses arômes de noisette deviennent meilleurs amis, pour un plaisir régressif.  

Nostalgique. Ses étales en vieux bois, ses murs aux miroirs, sa devanture d’une autre époque nous rappellent que Paris a traversé les siècles, et me font le même effet de temps suspendu que le carnet de recettes manuscrites de ma grand-mère.

Du Pain et des Idées
34, Rue Yves Toudic 75010
Christophe Vasseur

C’est là

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Les Homards

Il y a d’abord la commande. Le plus grand étal du marché couvert de Rochefort, 8 personnes à servir au plus fort de la saison. La patronne est familière de ces clients-là, ils viennent souvent, et chaque année à la même période, ils demandent la même denrée rare : des homards bretons.

Quelques jours plus tard, on vient récupérer les bêtes. Pinces élastiquées, queue vaillante, antenne à la recherche de rochers, elles font le trajet dans une caisse de polystyrène, qui crisse parfois, témoin sonore de la vigueur qu’il leur reste.

Arrivées à destination, c’est l’enchainement de la mise à mort. On leur tourne un peu autour, pour les toiser, commenter les reflets bleus de leur carcasse, observer la vivacité avec laquelle elles tenteraient bien de s’échapper, laisser trainer un doigt entre deux pinces coupantes. Les braises commencent à s’enflammer, la grille les attend, le beurre salé et le poivre de Sichuan sont alignés.

Puis viens le coup de couteau final, comme le dernier coup d’épée dans le coeur du taureau. Crac. Coupées en deux sur le ventre, leurs nerfs et les couinements accablants mettront quelques secondes à s’arrêter.
Qu’on se le dise, la cruauté de ce moment vaut bien les réjouissances iodées qui suivront.

La tablée déguste dans un silence abyssal et profite de ce moment unique, jusqu’à l’année prochaine. Les homards

Le Clos de Vougeot

Tonneau bois Pommard, Clos de Vougeot, Bourgogne

Tonneau bois Pommard, Clos de Vougeot, Bourgogne

Nous sommes descendus dans une cave humide, témoins de cette odeur acre. Nos pieds ont foulé les graviers, et chacun a pris place silencieusement le temps de s’habituer à la pénombre.  

Sur les marches s’alignaient des couples de bouteilles, comme autant d’invitations à la dégustation. « Une horizontale » se proposait à nous. Pourtant, tout ce que nous avons senti, gouté, humé ici n’avait rien de linéaire. A l’écoute de ce vigneron passionné et si patient avec le groupe de 6 novices que nous sommes, je réalise à quel point j’aimerais en savoir autant que lui. Décrire, réciter, expliquer chacune des nuances de ces potions nous rappelle que la nature peut être magique, croisement des climats, des saisons, du savoir-faire, et du hasard.
Ce matin-là de juillet, l
a fée harmonie a donné son coup de baguette. 

Cure de rice & curry

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Nous sommes arrivés dans ce petit village en montant sur une charrette pour traverser les champs, en filant entre les lotus sur une barque et en empruntant un chemin de terre bordant un lac.
Une femme nous accueille, et nous allons avec elle confectionner le repas quotidien Sri-lankais, le curry. Dès le premier jour de mon voyage, j’ai goûté à ce plat iconique du pays, immédiatement séduite par ses saveurs multiples, son association de petites portions – il y en a partout autour de moi et je peux goûter à tout sans complexe car c’est comme cela que l’on déguste ce plat.
Si la Birmanie m’avait initiée à ce principe de plat en buffet, c’est avec un souvenir fade et gras que j’étais repartie, heureusement réparé ici.
Je mets donc la main à la pâte avec joie, et commence par mimer cette femme au sourire franc et gracieux. Je prends place sur un petit banc à ras du sol, au bout duquel un bras coupant est installé pour le transformer en râpe. C’est l’ustensile clé des cuisinières sri lankaises. Cette femme me montre la technique pour râper la noix de coco. C’est précis et efficace. Mon essai est bien moins concluant, mon geste est peu assuré face à cet objet si tranchant et je n’ai pas mes marques dans cette position inhabituelle, mais je réalise ma tâche de commis avec une bonne volonté de débutante.
Une fois la coco râpée, elle est mêlée à du piment grâce à un pilon de pierre installé à l’extérieur de la maison. C’est un autre outil clé de la cuisine, chaque maison en est équipée. Nous venons de confectionner le Sambal. Il agrémentera le riz blanc et les lentilles corail qui cuisent doucement dans du lait de coco.
On y associe ensuite le poisson séché et les haricots verts pimentés, puis il est temps de nous asseoir tous ensemble sur le banc de boue séchée avant de recevoir notre repas dans une grande feuille de lotus.
L’air chaud passe à travers les stores de bambou, et bien que je me sente encore touriste, je partage le même sourire franc que la cuisinière qui m’a guidée, et le même plaisir à déguster ce plat.
Nous profitons tous de notre festin avec les mains, et l’expression s’en lécher les doigts prend tout son sens.

TGV

Un vendredi soir d’août, 20h38. Ambiance chassé-croisé, les porte-bagages sont blindés, chacun semble fin prêt à quitter la capitale pour plonger dans le lâcher-prise des vacances. Seul hic, le TGV a déjà 30 minutes de retard. La 1ère annonce du contrôleur résonne. La panne s’éternise, nous ne partirons pas avant 21h.

Quelques soupirs, des raclements de gorge. Puis le son de l’alu qui dévoile un casse-croute. Le paysage ne défile pas à travers les grandes vitres du wagon, le quai en béton gris est statique.
« Allo ?! oui c’est moi. Tu diras à Mamie qu’on va être en retard. » Plus fort. « Tu-diras- à-Mamie-qu’on-va-être-en-retard. Ah bon, ben dis le à Papi alors.»

Chacun y va de son encas. Une odeur de frites grasses encore blanches, sans doute achetées en vitesse dans un fast-food du hall de gare, laisse place à celle de l’œuf dur, généralement accompagné d’une banane. Le bruit du papier qui se froisse, l’alu que l’on ramasse dans un poing, une cannette qui s’ouvre.
Tous ont diné seuls face à sa tablette, mais en sortant moi aussi mon frichti, j’ai finalement le sentiment – suis-je la seule ?- d’avoir partagé avec ces inconnus un court instant de convivialité en silence.

Filet-O-Fish

Filet-O-Fish

Départ au crépuscule, il est près de 17h à Ngapali beach en Birmanie.
Les moteurs pétaradent, leurs fines hélices rouillées frappent l’eau turquoise. Une poignée d’hommes a investi chacun des navires et debout, ils suivent le mouvement des vagues, tout sourire et clope au bec. Les rires des matelots et les scintillements de lumière des lampions suspendus entre les mâts branlants donnent un air de fête foraine à ces embarcations qui s’enfoncent dans la nuit naissante. Tandis qu’elles s’éloignent de la côte, la boule de feu du soleil, seul signe visible à l’horizon, décline.

Les vagues créées par les embarcations sont passées, le ciel se teinte d’un bleu sombre et brille sur la ligne d’horizon le souvenir de leurs légères embarcations.

Au matin, le fruit de leur labeur se retrouvera sur la plage. Leurs poissons se languiront au soleil, miroir de leur repos dans les cahutes de bambou.

La plage de rêve en Asie c’est là :

 

 

Bijoux iodé

Marennes-Oléron

Marennes-Oléron à Rochefort sur Mer

Ceci n’est pas un lot de cagettes verdâtres débordant de coquilles. C’est un voyage au fond des mers. C’est un courant d’air à marée basse un jour de ciel bleu de printemps. C’est un lagon dans un chemin boueux.
Nemo serait tout-fou devant ce spectacle, il aurait un tapis de rocailles où se grater les écailles. C’est dans les bassins de Marennes que l’on trouve cette carpette d’huitres si spéciales.

L’hiver, elles ressemblent bon-an mal-an à toutes ses consoeurs, épaisses, goulues, déversant leur trop plein de serum lacté dès la première bouchée. Mais quand arrive l’été, les beaux jours et leurs soirées encore fraîches, elles revêtent leur plus bel atour, ce vert d’émeraude qui pourrait voler la vedette à la nacre d’une perle. Car à chaque ouverture, la vitrine de la bijouterie lève le rideau.
Sa collerette de reflets verts-bleus dignes d’une mer orageuse ensorcelle.

Madame exige d’être affinée en eau claire pour acquérir cette couleur si particulière. Fine et très iodée, son charme semi-précieux éclate à la première bouchée. Et alors, même l’éternité d’un diamant ne saurait lui voler sa place de préférée.

Trouver des Marennes-oléron : au marché couvert de Rochefort sur Mer,
les mardi, jeudi et samedi