Les Homards

Il y a d’abord la commande. Le plus grand étal du marché couvert de Rochefort, 8 personnes à servir au plus fort de la saison. La patronne est familière de ces clients-là, ils viennent souvent, et chaque année à la même période, ils demandent la même denrée rare : des homards bretons.

Quelques jours plus tard, on vient récupérer les bêtes. Pinces élastiquées, queue vaillante, antenne à la recherche de rochers, elles font le trajet dans une caisse de polystyrène, qui crisse parfois, témoin sonore de la vigueur qu’il leur reste.

Arrivées à destination, c’est l’enchainement de la mise à mort. On leur tourne un peu autour, pour les toiser, commenter les reflets bleus de leur carcasse, observer la vivacité avec laquelle elles tenteraient bien de s’échapper, laisser trainer un doigt entre deux pinces coupantes. Les braises commencent à s’enflammer, la grille les attend, le beurre salé et le poivre de Sichuan sont alignés.

Puis viens le coup de couteau final, comme le dernier coup d’épée dans le coeur du taureau. Crac. Coupées en deux sur le ventre, leurs nerfs et les couinements accablants mettront quelques secondes à s’arrêter.
Qu’on se le dise, la cruauté de ce moment vaut bien les réjouissances iodées qui suivront.

La tablée déguste dans un silence abyssal et profite de ce moment unique, jusqu’à l’année prochaine. Les homards

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Cure de rice & curry

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Nous sommes arrivés dans ce petit village en montant sur une charrette pour traverser les champs, en filant entre les lotus sur une barque et en empruntant un chemin de terre bordant un lac.
Une femme nous accueille, et nous allons avec elle confectionner le repas quotidien Sri-lankais, le curry. Dès le premier jour de mon voyage, j’ai goûté à ce plat iconique du pays, immédiatement séduite par ses saveurs multiples, son association de petites portions – il y en a partout autour de moi et je peux goûter à tout sans complexe car c’est comme cela que l’on déguste ce plat.
Si la Birmanie m’avait initiée à ce principe de plat en buffet, c’est avec un souvenir fade et gras que j’étais repartie, heureusement réparé ici.
Je mets donc la main à la pâte avec joie, et commence par mimer cette femme au sourire franc et gracieux. Je prends place sur un petit banc à ras du sol, au bout duquel un bras coupant est installé pour le transformer en râpe. C’est l’ustensile clé des cuisinières sri lankaises. Cette femme me montre la technique pour râper la noix de coco. C’est précis et efficace. Mon essai est bien moins concluant, mon geste est peu assuré face à cet objet si tranchant et je n’ai pas mes marques dans cette position inhabituelle, mais je réalise ma tâche de commis avec une bonne volonté de débutante.
Une fois la coco râpée, elle est mêlée à du piment grâce à un pilon de pierre installé à l’extérieur de la maison. C’est un autre outil clé de la cuisine, chaque maison en est équipée. Nous venons de confectionner le Sambal. Il agrémentera le riz blanc et les lentilles corail qui cuisent doucement dans du lait de coco.
On y associe ensuite le poisson séché et les haricots verts pimentés, puis il est temps de nous asseoir tous ensemble sur le banc de boue séchée avant de recevoir notre repas dans une grande feuille de lotus.
L’air chaud passe à travers les stores de bambou, et bien que je me sente encore touriste, je partage le même sourire franc que la cuisinière qui m’a guidée, et le même plaisir à déguster ce plat.
Nous profitons tous de notre festin avec les mains, et l’expression s’en lécher les doigts prend tout son sens.

Bijoux iodé

Marennes-Oléron

Marennes-Oléron à Rochefort sur Mer

Ceci n’est pas un lot de cagettes verdâtres débordant de coquilles. C’est un voyage au fond des mers. C’est un courant d’air à marée basse un jour de ciel bleu de printemps. C’est un lagon dans un chemin boueux.
Nemo serait tout-fou devant ce spectacle, il aurait un tapis de rocailles où se grater les écailles. C’est dans les bassins de Marennes que l’on trouve cette carpette d’huitres si spéciales.

L’hiver, elles ressemblent bon-an mal-an à toutes ses consoeurs, épaisses, goulues, déversant leur trop plein de serum lacté dès la première bouchée. Mais quand arrive l’été, les beaux jours et leurs soirées encore fraîches, elles revêtent leur plus bel atour, ce vert d’émeraude qui pourrait voler la vedette à la nacre d’une perle. Car à chaque ouverture, la vitrine de la bijouterie lève le rideau.
Sa collerette de reflets verts-bleus dignes d’une mer orageuse ensorcelle.

Madame exige d’être affinée en eau claire pour acquérir cette couleur si particulière. Fine et très iodée, son charme semi-précieux éclate à la première bouchée. Et alors, même l’éternité d’un diamant ne saurait lui voler sa place de préférée.

Trouver des Marennes-oléron : au marché couvert de Rochefort sur Mer,
les mardi, jeudi et samedi

Pas de pitié pour les croissants

English Breakfast

Au petit-déjeuner, la journée commence seulement, tout peut encore arriver. Le réveil progressif me laisse en partie dans mes songes. Le premier repas de la journée s’annonce, et tout est permis. Café, latte, thé, ou chocolat. Changer, redécouvrir, varier les plaisirs, m’adapter aux pays que je visite. Ciao les croissants ! Un nouveau monde s’ouvre à moi.

Les english ne sont pas mal sur ce coup là. Scones, pancakes, marmelade, et même Marmite. Vous l’adorez ou vous la détestez. J’ai choisi mon camp, je l’adore. Un pain de campagne frais et grillé, une très fine couche de ce goût salé, presque cramé. J’appartiens à ce camp là.

Dans cette petite cour de Columbia road à Londres, ce café insolite est parfait. En fond de cour, quelques tables au calme en retrait de l’activité du marché aux fleurs. Un macchiato serré pour finir de m’éveiller et exercer mon oreille à l’accent british. Les badauds défilent : prendre un take away, c’est une institution ici, un bouleversement pour les parisiens accrochés à leur espresso au comptoir et pour moi, l’occasion de m’installer face au vas et viens et d’observer.

Ma pâtisserie et mon gobelet me suffiront-ils à passer pour une londonienne ? Let’s try it.

 

Pasta cosi

Admettons, tout de go, que la ripaille italienne soit un coffre à plaisirs. Soit. On pourra vous le certifier, je suis d’ailleurs bien incapable de refuser une assiette de pâtes. A la tomate, primavera, en lasagne, un mac & cheese, je les aime toutes.

Mais si en plus, je vous dis que la pasta s’incruste dans un menu dégustation à 4 plats, que la cuisson est aussi précise que l’atome, que le fumet titillerait un nez professionnel, et que la carte des vins est épaisse comme un annuaire de chine, pas mal hein ?

Ah oui, il y a aussi cette situation dans une petite rue à pavés déglingués, tellement paumée qu’elle en est abritée des touristes, garantie d’un moment authentique. Et finalement, comme on est en Toscane, à Sienne, deux pas suffisent pour frissonner de tout ce que la dolce vita peut nous offrir de plus.
« A buon intenditore poche parole »

Tre Cristi
Vicolo di provenzano 1/7
53 100 Siena
Italie
www.trecristi.com

Photographie provenant du site internet

« A la goutte »

ImageAligre. Samedi matin, dimanche matin : la même difficulté à se frayer un chemin, les mêmes étals d’abondance. D’entrée de jeu, le stand de pommes-de-terre. La craie sur l’ardoise suspendue indique : 1 euro le kilo. « Quoi, c’est tout ? ».
La déambulation continue. Oranges juteuses, j’entends « un iro, un iro », 500 grammes de fraises gonflées, 3 bottes d’herbes fraîches en échange d’une pièce, une bousculade, 2 aubergines brillantes, une butée contre un caddie, 1 fenouil, un tâté de kiwi, un poulet rôti, 3 poires comices,  « Il est bon le melon, il est bon », une livre de fèves et 3 carottes.

Les bras chargés et le sentiment d’avoir fait des affaires, il est temps de parcourir le JDD en terrasse.

Marché d’Aligre, place Aligre, 75012 Paris
« A la goutte », c’est ce que clament  les vendeurs pour vous inciter à goutter leur produit. L’essayer c’est l’acheter ? Une ficelle qui fonctionne ici aussi.

Mon panier est vide

Lorsque l’on goute un aliment pour la première fois, on a l’habitude de dire qu’il faut faire un voeu.
En avalant ma première gorgée de blog gustatif, je fais ici le voeu d’exprimer les moments d’émotion culinaire qui m’auront traversés au détour d’une sortie ou d’un voyage. Est-ce qu’on lui met aussi une poignée d’assiduité à la p’tite dame ? Oui, allons-y.