Elle est marron, la châtaigne


Dupée, la châtaigne. Elle croit que l’automne va la rappeler à notre bon souvenir, mais sa coque s’oublie, elle est discrète, se cache derrière une feuille, se dissimule dans la terre, ose jusqu’à l’antipathie enveloppée de sa bogue piquante. Elle n’apparaît jamais sur une liste de course. On la confond même avec son cousin le marron (une châtaigne non cloisonnée nous dit-on).

Mais usant de ses tours malicieux, elle repointe le bout de son nez régulièrement sur un cylindre à la sortie d’une station passante, en accompagnement d’un chapon de réveillon, en cueillette dans un bois gisant sur des feuilles automnales, en crème sur un fromage blanc ou en copeau sur un velouté de céleri, aussi doux qu’elle. Pas folle la bogue, elle sait toujours revenir sur le devant de la scène.

Cet automne là, c’est à Istanbul que sa douceur épaisse s’est manifestée. Brulant le long des rives du Bosphore, un nez reconnait son odeur même à des kilomètres d’une bouche de métro. Elle en grille une, tranquillement, se fait servir dans un cône en papier, tourneboule sur la grille à la vitesse d’un ballon de foot de L1. S’arrête, éclos, varie du marron au noir de jais.

A cette occasion, elle tombe sa robe marron pour se parer d’or.

Rives du Bosphore
Iskele Yolu
Istanbul

 

 

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Mangez des pommes

Il fait bien frais ce samedi matin d’octobre lorsque 3 parisiens décident de s’extirper des avenues encombrées pour respirer l’air de la plaine de Gally. L’objectif de la matinée : la cueillette des pommes d’automne.

Les allées se succèdent, les pommiers s’alignent en bataillon. La fine équipe prend connaissance du territoire : ici, les Golden, là, les Canada, par là-bas, les Rubinettes (rien à voir avec de la tuyauterie); puis elle s’arme d’une belle brouette verte, et à l’attaque : une à une les pommes déboulent dans le récipient de métal. Elles sont froides, fermes, et lumineuses.
Un petit détour par les plans de radis, à déloger doucement de leur terre en les faisant tourner, puis par les courgettes, qu’il faut débusquer au bout de longues tiges, et l’on ira quand même compléter le lourd magot des pommes vertes avec la rougeur des Jonagold.

Si l’on fait abstraction de l’autoroute qui passe au loin, la campagne en vivant à Paris, c’est possible.

Pour une virée de récoltant du dimanche, c’est là (avant la fermeture hivernale) : ferme de Gally