Le Clos de Vougeot

Tonneau bois Pommard, Clos de Vougeot, Bourgogne

Tonneau bois Pommard, Clos de Vougeot, Bourgogne

Nous sommes descendus dans une cave humide, témoins de cette odeur acre. Nos pieds ont foulé les graviers, et chacun a pris place silencieusement le temps de s’habituer à la pénombre.  

Sur les marches s’alignaient des couples de bouteilles, comme autant d’invitations à la dégustation. « Une horizontale » se proposait à nous. Pourtant, tout ce que nous avons senti, gouté, humé ici n’avait rien de linéaire. A l’écoute de ce vigneron passionné et si patient avec le groupe de 6 novices que nous sommes, je réalise à quel point j’aimerais en savoir autant que lui. Décrire, réciter, expliquer chacune des nuances de ces potions nous rappelle que la nature peut être magique, croisement des climats, des saisons, du savoir-faire, et du hasard.
Ce matin-là de juillet, l
a fée harmonie a donné son coup de baguette. 

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TGV

Un vendredi soir d’août, 20h38. Ambiance chassé-croisé, les porte-bagages sont blindés, chacun semble fin prêt à quitter la capitale pour plonger dans le lâcher-prise des vacances. Seul hic, le TGV a déjà 30 minutes de retard. La 1ère annonce du contrôleur résonne. La panne s’éternise, nous ne partirons pas avant 21h.

Quelques soupirs, des raclements de gorge. Puis le son de l’alu qui dévoile un casse-croute. Le paysage ne défile pas à travers les grandes vitres du wagon, le quai en béton gris est statique.
« Allo ?! oui c’est moi. Tu diras à Mamie qu’on va être en retard. » Plus fort. « Tu-diras- à-Mamie-qu’on-va-être-en-retard. Ah bon, ben dis le à Papi alors.»

Chacun y va de son encas. Une odeur de frites grasses encore blanches, sans doute achetées en vitesse dans un fast-food du hall de gare, laisse place à celle de l’œuf dur, généralement accompagné d’une banane. Le bruit du papier qui se froisse, l’alu que l’on ramasse dans un poing, une cannette qui s’ouvre.
Tous ont diné seuls face à sa tablette, mais en sortant moi aussi mon frichti, j’ai finalement le sentiment – suis-je la seule ?- d’avoir partagé avec ces inconnus un court instant de convivialité en silence.

Filet-O-Fish

Filet-O-Fish

Départ au crépuscule, il est près de 17h à Ngapali beach en Birmanie.
Les moteurs pétaradent, leurs fines hélices rouillées frappent l’eau turquoise. Une poignée d’hommes a investi chacun des navires et debout, ils suivent le mouvement des vagues, tout sourire et clope au bec. Les rires des matelots et les scintillements de lumière des lampions suspendus entre les mâts branlants donnent un air de fête foraine à ces embarcations qui s’enfoncent dans la nuit naissante. Tandis qu’elles s’éloignent de la côte, la boule de feu du soleil, seul signe visible à l’horizon, décline.

Les vagues créées par les embarcations sont passées, le ciel se teinte d’un bleu sombre et brille sur la ligne d’horizon le souvenir de leurs légères embarcations.

Au matin, le fruit de leur labeur se retrouvera sur la plage. Leurs poissons se languiront au soleil, miroir de leur repos dans les cahutes de bambou.

La plage de rêve en Asie c’est là :

 

 

Cérémonie d’ouverture à Londres

Fromagerie Londres

Un samedi matin d’été. Il fait frais, je traverse le London Bridge à pied et m’arrête pour profiter de l’onde de sérénité qui s’échappe de la Tamise. Tower Bridge en face porte 5 anneaux multicolores : la citadine n’a jamais regroupé autant de muscles au mètre carré, il se trame un truc qui s’appelle les JO.

Le marathon que je suis venue chercher est celui des échoppes de producteurs locaux du Borough Market. Je ne sais pas où donner de la tête. Les pains de campagne font la course, les stands de burgers veggie sont dans les starting blocks, je sprint pour goûter chacun des english cakes.

En sortie de virage du marché, une échoppe à fromage. Belle, devanture en bois d’un bleu profond, immense vitrine donnant sur les rangées de fromage. Je suis au pays du pudding fluo mais mes yeux m’envoient en Aubrac. Des tonnes de fromage prêts pour concourir au lancer de poids du meilleur affinage. A en croire l’affluence d’english à l’intérieur, le goût pour la moisissure a pris l’Eurostar lui aussi.

La sélection officielle des fromages anglais et autres divisions, c’est au Borough market, le marché trop cool de Londres

Lumière sur la salade

Salade Ferry Building Market San Francisco

Le soleil entre sur cette caisse de feuilles vertes comme une illumination. Elue par le marchand pour sa fraîcheur, elle éclate de vitalité dans sa cagette, autant qu’un diamant dans un tas de charbon. Si on se laissait choir dans ce volume aérien, on y rebondirait.

Ses nuances de vert et de couleur terre rappellent les temples de Bagan en Birmanie, au crépuscule. C’est pourtant dans la ville des foodies que la multiplication s’opère, plus précisément au ferry building market de San Francisco. Il rassemble tant de veggies dévoués qu’elle trouvera bien une âme charitable pour lui offrir l’hospice de son panier et plus si affinité.

A San Francisco, they don’t « messe » avec la fraîcheur des ingrédients.

Le ferry building de San Francisco c’est là :
et on est sûr d’y trouver de quoi dévorer un breakfast à l’américaine – mais local, et au moins un éleveur de chèvre avec son bâton de pèlerin.

 

Sardines à l’huile

Sardines

Vent doux, manches courtes, jupette, sandalettes. La nuit est tombée mais la chaleur du soleil de la journée se prolonge dans l’air ambiant des rives du Bosphore.
En plein hiver parisien, même si le soleil se pointe, l’odeur du poisson grillé manque cruellement pour réchauffer le moral. Cette odeur -là, précisément celle qui, l’été arrivé, rend n’importe quel instant plus léger, plus facile, plus simple.

La sardine finit sa vie maritime dans un seau d’eau claire sur le pavé. Eventrée derrière le comptoir, un aller-retour sur la plancha, un onguent d’huile d’olive, et zou. Elle se déguste à la mode sandwich-baguette accompagnée de quelques tranches de salade-tomates-oignons.
Appelons-le hot-dog de poisson ou fish-kebab, ce fast food du pont Galata d’Istanbul a un goût de marée et d’authenticité.
Peu importe les arrêtes pourvu qu’on ait l’insouciance d’une nuit d’été. Bye bye blizzard !

Vendeur ambulant sur les rives du Bosphore, Istanbul

 

Cagette farcie de tomates

Cagette

Dernier concept arty, idée rangement Elle Deco ou exercice de menuisier ?

Loupé. Ce sont des tomates du lac Inle qui viendront s’accumuler toutes serrées dans ces cagettes de bois.
Les petites billes rondes ont été cueillies sur les plans des jardins flottants dans la journée – uniques au monde, ces ilots de terre reposent sur le lac comme un crouton aillé dans une soupe.
Elles sont ensuite acheminées sur de longues pirogues, filant au ras de l’eau et annonçant leur arrivée à coup de moteur pétaradant.
Point d’attache : Nyang Shwe, plaque tournante de la tomate grappe.

Ce premier voyage s’est fait au chaud dans des paniers de roseaux, protégées par des feuilles de bananiers. Elles sont maintenant transvasées dans ces cagettes solides pour parcourir de plus longs kilomètres et inonder tout le pays de ces boules rouges.
N’y voyez de « coco » là dedans que le lait qui pourra les accompagner au prochain diner.

Petite, juteuse, sucrée, parfois verte, la tomate t’épate.

Lac Inle, Birmanie