Lumière sur la salade

Salade Ferry Building Market San Francisco

Le soleil entre sur cette caisse de feuilles vertes comme une illumination. Elue par le marchand pour sa fraîcheur, elle éclate de vitalité dans sa cagette, autant qu’un diamant dans un tas de charbon. Si on se laissait choir dans ce volume aérien, on y rebondirait.

Ses nuances de vert et de couleur terre rappellent les temples de Bagan en Birmanie, au crépuscule. C’est pourtant dans la ville des foodies que la multiplication s’opère, plus précisément au ferry building market de San Francisco. Il rassemble tant de veggies dévoués qu’elle trouvera bien une âme charitable pour lui offrir l’hospice de son panier et plus si affinité.

A San Francisco, they don’t « messe » avec la fraîcheur des ingrédients.

Le ferry building de San Francisco c’est là :
et on est sûr d’y trouver de quoi dévorer un breakfast à l’américaine – mais local, et au moins un éleveur de chèvre avec son bâton de pèlerin.

 

Sardines à l’huile

Sardines

Vent doux, manches courtes, jupette, sandalettes. La nuit est tombée mais la chaleur du soleil de la journée se prolonge dans l’air ambiant des rives du Bosphore.
En plein hiver parisien, même si le soleil se pointe, l’odeur du poisson grillé manque cruellement pour réchauffer le moral. Cette odeur -là, précisément celle qui, l’été arrivé, rend n’importe quel instant plus léger, plus facile, plus simple.

La sardine finit sa vie maritime dans un seau d’eau claire sur le pavé. Eventrée derrière le comptoir, un aller-retour sur la plancha, un onguent d’huile d’olive, et zou. Elle se déguste à la mode sandwich-baguette accompagnée de quelques tranches de salade-tomates-oignons.
Appelons-le hot-dog de poisson ou fish-kebab, ce fast food du pont Galata d’Istanbul a un goût de marée et d’authenticité.
Peu importe les arrêtes pourvu qu’on ait l’insouciance d’une nuit d’été. Bye bye blizzard !

Vendeur ambulant sur les rives du Bosphore, Istanbul

 

Cagette farcie de tomates

Cagette

Dernier concept arty, idée rangement Elle Deco ou exercice de menuisier ?

Loupé. Ce sont des tomates du lac Inle qui viendront s’accumuler toutes serrées dans ces cagettes de bois.
Les petites billes rondes ont été cueillies sur les plans des jardins flottants dans la journée – uniques au monde, ces ilots de terre reposent sur le lac comme un crouton aillé dans une soupe.
Elles sont ensuite acheminées sur de longues pirogues, filant au ras de l’eau et annonçant leur arrivée à coup de moteur pétaradant.
Point d’attache : Nyang Shwe, plaque tournante de la tomate grappe.

Ce premier voyage s’est fait au chaud dans des paniers de roseaux, protégées par des feuilles de bananiers. Elles sont maintenant transvasées dans ces cagettes solides pour parcourir de plus longs kilomètres et inonder tout le pays de ces boules rouges.
N’y voyez de « coco » là dedans que le lait qui pourra les accompagner au prochain diner.

Petite, juteuse, sucrée, parfois verte, la tomate t’épate.

Lac Inle, Birmanie

 

Jus canon

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Une sensation de fatigue dans les gambettes, vélo oblige. Une fine couche de sable aggloméré sur la peau au gré des sentiers. Une vue sur l’un des plus majestueux temple de Bagan, l’un des joyaux de la Birmanie – 3 étages, 50m de largeur, 24 vendeurs de carte postale.

Les kilomètres accumulés et l’affluence poussent la soif à se manifester. Ca tombe bien, le rotin s’offre à nous, mi-ombre mi-soleil, vue sur les passants – et le monument. Le choix du jus local s’impose pour parachever le dépaysement du lieu.
La canne à sucre est pressée minute par une machine d’antan à usage manuel, laissant à la mixture un léger goût de ferraille; la paille poussiéreuse et les glaçons maison (à l’eau potable ?) poussent peut-être l’authenticité un cran trop loin.

Mais le sucre réconfortant rafraichit instantanément et me fait l’effet de l’EPO sur Lance, les derniers kilomètres à vélo fileront tout seul.

La valse menue des touristes continue ; à l’arrière, le serveur pousse fièrement la chansonnette et s’accompagne de sa guitare. Une casserole n’aurait pas fait mieux, mais la sensation du temps figé ne peut pas lui résister.

La frite m’a donné la patate

Frites

Je les vois venir, les yeux blasés. La frite, ras le bol de la frite. Patatas fritas par-ci, french fries par là. Basta la barquette de patates.
Hep ! « Oh non, non, non, non » fait mon index. Méprise sur la marchandise. Ce que l’on voit là, sur cette photo, ce n’est pas une simple assiette de frites comme on en sert dans, allez, l’intégralité des restaurants – sans parler de la frite à la chaîne des fast food.

Point 1, ceci est une pomme de terre finement tranchée et craquante – oui, facile, voire juste la base, accordé.
Point 2, ce plat là a été partagé pour des retrouvailles entre potes français après de longs mois. Autant parler de frite-doudou, simple, évidente délicieuse.
Mais surtout. Surtout, point 3. Les petits cristaux que l’on voit là sous le persil, eh bien c’est de la truffe messieurs-dames. Légèreté, délicatesse, finesse, addiction.

Ce petit sel amélioré, est-ce que ce n’est pas exactement ce qui manquait à la pomme de terre populaire pour entrer dans une robe de velours ?

Se damner à Singapour pour des Truffles Fries, c’est là :
Ps Cafe Dempsey Hill

Twilight à Porto

Mercado do Balho

Ciao les zombies. Au marché couvert de Porto, on renvoie les silhouettes errantes et les visages livides aux castings des box office américains à coup de bottes d’ail. De quoi filer la frousse à ceux qui trainent des pieds dans les allées, les bras tendus et la canine saillante.

Ces petits bulbes blancs aux vertus répulsives ont pris de la hauteur et s’affichent fièrement en rang d’Oignon. Si bien qu’on pourrait tendre la main pour les collectionner, comme les trophées des manèges de notre enfance.

Si les vampires ont déserté le marché, les bons vivants les ont remplacés, avec leurs teints de pêche, les joues rosies et quelques protubérances estomacales – les pasteis de nata du stand voisin y sont surement pour quelque chose.

Mercado Do Bolhão‎, Porto

Elle est marron, la châtaigne


Dupée, la châtaigne. Elle croit que l’automne va la rappeler à notre bon souvenir, mais sa coque s’oublie, elle est discrète, se cache derrière une feuille, se dissimule dans la terre, ose jusqu’à l’antipathie enveloppée de sa bogue piquante. Elle n’apparaît jamais sur une liste de course. On la confond même avec son cousin le marron (une châtaigne non cloisonnée nous dit-on).

Mais usant de ses tours malicieux, elle repointe le bout de son nez régulièrement sur un cylindre à la sortie d’une station passante, en accompagnement d’un chapon de réveillon, en cueillette dans un bois gisant sur des feuilles automnales, en crème sur un fromage blanc ou en copeau sur un velouté de céleri, aussi doux qu’elle. Pas folle la bogue, elle sait toujours revenir sur le devant de la scène.

Cet automne là, c’est à Istanbul que sa douceur épaisse s’est manifestée. Brulant le long des rives du Bosphore, un nez reconnait son odeur même à des kilomètres d’une bouche de métro. Elle en grille une, tranquillement, se fait servir dans un cône en papier, tourneboule sur la grille à la vitesse d’un ballon de foot de L1. S’arrête, éclos, varie du marron au noir de jais.

A cette occasion, elle tombe sa robe marron pour se parer d’or.

Rives du Bosphore
Iskele Yolu
Istanbul