Les Homards

Il y a d’abord la commande. Le plus grand étal du marché couvert de Rochefort, 8 personnes à servir au plus fort de la saison. La patronne est familière de ces clients-là, ils viennent souvent, et chaque année à la même période, ils demandent la même denrée rare : des homards bretons.

Quelques jours plus tard, on vient récupérer les bêtes. Pinces élastiquées, queue vaillante, antenne à la recherche de rochers, elles font le trajet dans une caisse de polystyrène, qui crisse parfois, témoin sonore de la vigueur qu’il leur reste.

Arrivées à destination, c’est l’enchainement de la mise à mort. On leur tourne un peu autour, pour les toiser, commenter les reflets bleus de leur carcasse, observer la vivacité avec laquelle elles tenteraient bien de s’échapper, laisser trainer un doigt entre deux pinces coupantes. Les braises commencent à s’enflammer, la grille les attend, le beurre salé et le poivre de Sichuan sont alignés.

Puis viens le coup de couteau final, comme le dernier coup d’épée dans le coeur du taureau. Crac. Coupées en deux sur le ventre, leurs nerfs et les couinements accablants mettront quelques secondes à s’arrêter.
Qu’on se le dise, la cruauté de ce moment vaut bien les réjouissances iodées qui suivront.

La tablée déguste dans un silence abyssal et profite de ce moment unique, jusqu’à l’année prochaine. Les homards

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