Elle est marron, la châtaigne


Dupée, la châtaigne. Elle croit que l’automne va la rappeler à notre bon souvenir, mais sa coque s’oublie, elle est discrète, se cache derrière une feuille, se dissimule dans la terre, ose jusqu’à l’antipathie enveloppée de sa bogue piquante. Elle n’apparaît jamais sur une liste de course. On la confond même avec son cousin le marron (une châtaigne non cloisonnée nous dit-on).

Mais usant de ses tours malicieux, elle repointe le bout de son nez régulièrement sur un cylindre à la sortie d’une station passante, en accompagnement d’un chapon de réveillon, en cueillette dans un bois gisant sur des feuilles automnales, en crème sur un fromage blanc ou en copeau sur un velouté de céleri, aussi doux qu’elle. Pas folle la bogue, elle sait toujours revenir sur le devant de la scène.

Cet automne là, c’est à Istanbul que sa douceur épaisse s’est manifestée. Brulant le long des rives du Bosphore, un nez reconnait son odeur même à des kilomètres d’une bouche de métro. Elle en grille une, tranquillement, se fait servir dans un cône en papier, tourneboule sur la grille à la vitesse d’un ballon de foot de L1. S’arrête, éclos, varie du marron au noir de jais.

A cette occasion, elle tombe sa robe marron pour se parer d’or.

Rives du Bosphore
Iskele Yolu
Istanbul

 

 

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I eat New York

C’est un souffle de finesse avant la tempête de transfat, un rayon de sérénité avant la débandade de ketchup, un oasis de légèreté avant l’avalanche de calories. Si nous sommes bien à New York, cette infusion de lavande au matin d’un 1er janvier ne présage en rien du déballage culinaire qui suivra.

New York, oui, c’est la ville des tops filiformes Nike aux pieds et long black coffee à la main, mais c’est aussi le statut de liberté culinaire.
Alors on fait péter les donuts chez Dunkin d., on envoie les parts de giant pizza, on roule pour les bagels, on allonge les burgers, on fait sauter les pancakes, on craque pour un hot dog minute sur la 5ème, on s’enfile un muffin chez Magnolia, on s’arrache un bretzel à central park, on salive devant des oeufs benedict, on redemande du cheesecake et on guette le brownie.

Ici, les aberrations diététiques n’existent pas. Pizza en plat, beignet en dessert ? No problem! Cookie au gouter, Mac-do le soir, so what?
Le lynchage des bonnes habitudes fait partie du voyage, il est simplement à la hauteur des buildings qui nous entourent. Etourdissant !

 

Grenade en mal d’explosion

Il faut avoir gravi la montée qui mène à la tour Galata d’Istanbul pour se voir offrir un spectacle si pétillant. Le rouge vif de la grenade tranche avec le pavé terni et le plastique primaire de la cagette. Les oranges rappellent la nuance rosée de leurs voisines, elles flattent leur teint incandescent. Alors, au risque de voir diminuer cette source de lumière, on s’offre, sur le trottoir, un jus minute de ces joyaux.

Mais la grenade est menteuse, si chatoyante, et pourtant si fade ? Une chaire joliment dentelée mais si peu explosive ? Mais pourquoi ne remplit-elle pas cette promesse de douceur sucrée ?!

Cette première tentative dégoupille une légère déception, mais rappelle le charme d’un moment de découverte sur une place étrangère, dans une langue inconnue et un climat trop doux pour un automne parisien.

L’essai suivant aura été le bon, l’acidité de ses petits grains se sera cette fois-ci mariée à l’âcreté du tahini et de l’aubergine. La grenade se laisse cuisiner.

Place de la tour Galata
Sishane, Istanbul
Turquie

 

Parenthèse iodée

C’est presque un soleil d’été, la bande dévale à vélo les sentiers côtiers de l’île aux Moines.
Arrivés au port, on voit débarquer vacanciers ou touristes pour la journée. Plus loin, quelques coups d’œil au dessus des murets nous permettent de comparer et classifier ces maisons aux toits d’ardoise : « jolie, sympa le jardin, mignonne, chic, charmante ».

Enfin, une halte « panorama» à la pointe du Trech sur un chemin de terre sinueux finit par nous mener jusqu’au seul ostréiculteur de l’île, Mr Martin.

Il est midi, l’air marin nous a creusé, les coups de pédale aussi. La demi douzaine d’huitres arrive à merveille, et en plus elle est servie avec un verre de blanc sec. Ce doux goût iodé nous confirme que nous sommes en bord de mer, que la vie peut être douce et que c’est bon d’être entre amis.

Le vent du large balaie les nuages, les forts courants dictent leurs directions aux voiliers du golf. Toute la fraîcheur et l’énergie de la Bretagne sont définitivement réunies dans cette assiette.

Ostréiculteur Martin,
sur la pointe du Trech, sentier côtier, 
Beg moussir
56780 ILE AUX MOINES
02 97 26 31 56
http://www.huitres-ileauxmoines.fr 

Carioca lifestyle

Siliconés. Vrais. Augmentés. Faux. Refaits. Refaits. Refaits. Sous un 38° humide, les maillots de bain sont rikiki, les cheveux longs et ondulés, les démarches chaloupées.
Mais ici, ce n’est pas parce que le corps fait l’objet d’exhibitions qu’on se prive d’une collation.

Languie sur une serviette, un signe de la main à un vendeur ambulant – ambulante – suffit à commander instantanément des brochettes grillées de crevettes ou de poulet, des empadas, gâteaux et autres beignets. On les arrose d’un jus de coco à siroter directement au cœur de la noix, gage de fraicheur désaltérante.

Le temps d’une bouchée, le vendeur s’est déjà envolé, aussi vite que les complexes des brésiliennes.
Il ne reste plus qu’à profiter du spectacle humain de la plage, à se laisser bercer par les palabres voisines, et à se jeter dans les vagues translucides.

Ainsi va la vie à Rio !

Plage de Copacabana
Rio de Janeiro
Brésil