Bijoux iodé

Marennes-Oléron

Marennes-Oléron à Rochefort sur Mer

Ceci n’est pas un lot de cagettes verdâtres débordant de coquilles. C’est un voyage au fond des mers. C’est un courant d’air à marée basse un jour de ciel bleu de printemps. C’est un lagon dans un chemin boueux.
Nemo serait tout-fou devant ce spectacle, il aurait un tapis de rocailles où se grater les écailles. C’est dans les bassins de Marennes que l’on trouve cette carpette d’huitres si spéciales.

L’hiver, elles ressemblent bon-an mal-an à toutes ses consoeurs, épaisses, goulues, déversant leur trop plein de serum lacté dès la première bouchée. Mais quand arrive l’été, les beaux jours et leurs soirées encore fraîches, elles revêtent leur plus bel atour, ce vert d’émeraude qui pourrait voler la vedette à la nacre d’une perle. Car à chaque ouverture, la vitrine de la bijouterie lève le rideau.
Sa collerette de reflets verts-bleus dignes d’une mer orageuse ensorcelle.

Madame exige d’être affinée en eau claire pour acquérir cette couleur si particulière. Fine et très iodée, son charme semi-précieux éclate à la première bouchée. Et alors, même l’éternité d’un diamant ne saurait lui voler sa place de préférée.

Trouver des Marennes-oléron : au marché couvert de Rochefort sur Mer,
les mardi, jeudi et samedi

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Lumière sur la salade

Salade Ferry Building Market San Francisco

Le soleil entre sur cette caisse de feuilles vertes comme une illumination. Elue par le marchand pour sa fraîcheur, elle éclate de vitalité dans sa cagette, autant qu’un diamant dans un tas de charbon. Si on se laissait choir dans ce volume aérien, on y rebondirait.

Ses nuances de vert et de couleur terre rappellent les temples de Bagan en Birmanie, au crépuscule. C’est pourtant dans la ville des foodies que la multiplication s’opère, plus précisément au ferry building market de San Francisco. Il rassemble tant de veggies dévoués qu’elle trouvera bien une âme charitable pour lui offrir l’hospice de son panier et plus si affinité.

A San Francisco, they don’t « messe » avec la fraîcheur des ingrédients.

Le ferry building de San Francisco c’est là :
et on est sûr d’y trouver de quoi dévorer un breakfast à l’américaine – mais local, et au moins un éleveur de chèvre avec son bâton de pèlerin.

 

Cagette farcie de tomates

Cagette

Dernier concept arty, idée rangement Elle Deco ou exercice de menuisier ?

Loupé. Ce sont des tomates du lac Inle qui viendront s’accumuler toutes serrées dans ces cagettes de bois.
Les petites billes rondes ont été cueillies sur les plans des jardins flottants dans la journée – uniques au monde, ces ilots de terre reposent sur le lac comme un crouton aillé dans une soupe.
Elles sont ensuite acheminées sur de longues pirogues, filant au ras de l’eau et annonçant leur arrivée à coup de moteur pétaradant.
Point d’attache : Nyang Shwe, plaque tournante de la tomate grappe.

Ce premier voyage s’est fait au chaud dans des paniers de roseaux, protégées par des feuilles de bananiers. Elles sont maintenant transvasées dans ces cagettes solides pour parcourir de plus longs kilomètres et inonder tout le pays de ces boules rouges.
N’y voyez de « coco » là dedans que le lait qui pourra les accompagner au prochain diner.

Petite, juteuse, sucrée, parfois verte, la tomate t’épate.

Lac Inle, Birmanie

 

Jus canon

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Une sensation de fatigue dans les gambettes, vélo oblige. Une fine couche de sable aggloméré sur la peau au gré des sentiers. Une vue sur l’un des plus majestueux temple de Bagan, l’un des joyaux de la Birmanie – 3 étages, 50m de largeur, 24 vendeurs de carte postale.

Les kilomètres accumulés et l’affluence poussent la soif à se manifester. Ca tombe bien, le rotin s’offre à nous, mi-ombre mi-soleil, vue sur les passants – et le monument. Le choix du jus local s’impose pour parachever le dépaysement du lieu.
La canne à sucre est pressée minute par une machine d’antan à usage manuel, laissant à la mixture un léger goût de ferraille; la paille poussiéreuse et les glaçons maison (à l’eau potable ?) poussent peut-être l’authenticité un cran trop loin.

Mais le sucre réconfortant rafraichit instantanément et me fait l’effet de l’EPO sur Lance, les derniers kilomètres à vélo fileront tout seul.

La valse menue des touristes continue ; à l’arrière, le serveur pousse fièrement la chansonnette et s’accompagne de sa guitare. Une casserole n’aurait pas fait mieux, mais la sensation du temps figé ne peut pas lui résister.

Mangez des pommes

Il fait bien frais ce samedi matin d’octobre lorsque 3 parisiens décident de s’extirper des avenues encombrées pour respirer l’air de la plaine de Gally. L’objectif de la matinée : la cueillette des pommes d’automne.

Les allées se succèdent, les pommiers s’alignent en bataillon. La fine équipe prend connaissance du territoire : ici, les Golden, là, les Canada, par là-bas, les Rubinettes (rien à voir avec de la tuyauterie); puis elle s’arme d’une belle brouette verte, et à l’attaque : une à une les pommes déboulent dans le récipient de métal. Elles sont froides, fermes, et lumineuses.
Un petit détour par les plans de radis, à déloger doucement de leur terre en les faisant tourner, puis par les courgettes, qu’il faut débusquer au bout de longues tiges, et l’on ira quand même compléter le lourd magot des pommes vertes avec la rougeur des Jonagold.

Si l’on fait abstraction de l’autoroute qui passe au loin, la campagne en vivant à Paris, c’est possible.

Pour une virée de récoltant du dimanche, c’est là (avant la fermeture hivernale) : ferme de Gally

Nemo

Nous sommes au marché de Rochefort sur mer, un samedi d’automne. Les vacanciers errants du mois d’août ont disparu. Sous un soleil généreux d’été indien, les habitués de la région ont repris leurs droits et déambulent, sûrs d’eux, vers le producteur de leur choix. En haut de l’allée à droite, le pépé aux tomates sucrées. Ici, le producteur de chèvres. Là, les fraises tardives de Charente.

Dans le marché couvert, les étiquettes des poissons ont perdus quelques euros dans les filets de l’affluence estivale. Sur cet étal, l’œil est brillant, les écailles scintillantes, le corps garni. Celle-ci n’attend que d’être pesée –vidée-cuisinée.
Quelques branches de romarin, des quartiers de tomate, des tranches de citron et oignons émincés, et zou, 20 minutes au four. La chair se décolle de l’arrête, oui c’est bon, la dorade est prête. Sa chair est ferme, fine et savoureuse, et nous rappelle que le poisson en bord de mer est un délice trop vite oublié à la ville.

Marché de Rochefort sur mer, tous les mardis, jeudis, samedis matin.
17 300, Charente Maritime

Recette :
Dorade 900gr pour 4/5 pers. 
½ citron coupé en rondelles
3 branches de romarin
1 belle tomate
1 oignon
Enfourner la dorade et tous les ingrédients émincés pour 20 min environ. 
Vérifier la cuisson à l’arrête (la chair doit se décoller)

Grenade en mal d’explosion

Il faut avoir gravi la montée qui mène à la tour Galata d’Istanbul pour se voir offrir un spectacle si pétillant. Le rouge vif de la grenade tranche avec le pavé terni et le plastique primaire de la cagette. Les oranges rappellent la nuance rosée de leurs voisines, elles flattent leur teint incandescent. Alors, au risque de voir diminuer cette source de lumière, on s’offre, sur le trottoir, un jus minute de ces joyaux.

Mais la grenade est menteuse, si chatoyante, et pourtant si fade ? Une chaire joliment dentelée mais si peu explosive ? Mais pourquoi ne remplit-elle pas cette promesse de douceur sucrée ?!

Cette première tentative dégoupille une légère déception, mais rappelle le charme d’un moment de découverte sur une place étrangère, dans une langue inconnue et un climat trop doux pour un automne parisien.

L’essai suivant aura été le bon, l’acidité de ses petits grains se sera cette fois-ci mariée à l’âcreté du tahini et de l’aubergine. La grenade se laisse cuisiner.

Place de la tour Galata
Sishane, Istanbul
Turquie