Elle est marron, la châtaigne


Dupée, la châtaigne. Elle croit que l’automne va la rappeler à notre bon souvenir, mais sa coque s’oublie, elle est discrète, se cache derrière une feuille, se dissimule dans la terre, ose jusqu’à l’antipathie enveloppée de sa bogue piquante. Elle n’apparaît jamais sur une liste de course. On la confond même avec son cousin le marron (une châtaigne non cloisonnée nous dit-on).

Mais usant de ses tours malicieux, elle repointe le bout de son nez régulièrement sur un cylindre à la sortie d’une station passante, en accompagnement d’un chapon de réveillon, en cueillette dans un bois gisant sur des feuilles automnales, en crème sur un fromage blanc ou en copeau sur un velouté de céleri, aussi doux qu’elle. Pas folle la bogue, elle sait toujours revenir sur le devant de la scène.

Cet automne là, c’est à Istanbul que sa douceur épaisse s’est manifestée. Brulant le long des rives du Bosphore, un nez reconnait son odeur même à des kilomètres d’une bouche de métro. Elle en grille une, tranquillement, se fait servir dans un cône en papier, tourneboule sur la grille à la vitesse d’un ballon de foot de L1. S’arrête, éclos, varie du marron au noir de jais.

A cette occasion, elle tombe sa robe marron pour se parer d’or.

Rives du Bosphore
Iskele Yolu
Istanbul

 

 

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L’Italie me botte

Un loft lumineux dans une impasse du 18ème, deux grandes tables dressées, une cuisine deux fois plus grande que mon appartement et deux plans de travail de marbre brut. Voilà à quoi ressemble l’atelier de cuisine d’Alba Pezone.
Les 3 heures de cours débutent par une panna cotta. Trop facile ? Hepepep, confectionnez-la avec une crème fleurette de qualité, cela vaut mille fois les mauvaises crèmes gélatineuses servies dans n’importe quelle pizzeria à néon vert et rouge.

Next : initiation à la pizette frite ou comment en 10 secondes apprendre à tremper ses doigts dans la farine, étendre une pâte à pizza à la mémoire élastique et la glisser dans un bain d’huile à 180°. Premier essai non concluant : c’est une boule épaisse qui crépite dans la poêle d’huile brulante.

La bille de mozza sur le gâteau de roquette, c’est l’originalité du plat :  Minestrone de pâtes cuit comme un risotto.  L’histoire de cette recette est aussi singulière que le fumet qui s’en échappe. C’est pour se débarrasser des pâtes cassées au fond des paquets que l’on mélangeait autrefois toutes ces variétés, d’abord saisies dans l’huile chaude puis cuites au bouillon petit à petit incorporé. Les textures variées des pâtes aux différents calibres se sont mêlées à l’onctuosité d’une réduction de tomates. Che bella !

Je signe le pacte d’Alba :  réessayer chaque recette dans les 15 jours pour se les octroyer à jamais.
Apprendre à devenir le Rocco de l’Italie, c’est avec Alba Pezone

Et parce qu’elle vient de sortir un super livre de recette de pizza, inspiré de Naples bien sûr

Pizza Edition Marabout

 

Une envie de fraises

L’embarras du choix. C’est plus d’une dizaine de desserts qui me fait face. Ils sont tous joliment dressés sur leur plateau à hauteur variable, et attirent mes yeux tour à tour. En haut la meringue aux cerises, ici une tartelette aux pêches, là un clafoutis aux abricots, un parfait au chocolat, un autre avec une tête de baba.
Après une réflexion futile –choisir en fonction du nom, de la forme, de la couleur, de mon imagination ? C’est le cheesecake goyave-fraise, ici au centre, qui aura raison de ma gourmandise.

J’aurais voulu tous les goûter, mais la première bouchée emporte tous les doutes. Les fraises sont découpées en tranches fines, le biscuit est justement délicat, il laisse découvrir une mousse très légère qui diffuse onctueusement ce doux goût des Antilles.

Le temps se ralentit avec délices, et construit un moment ambigu où chaque bouchée rapproche de la fin, mais ravive une once de plaisir.
C’est une certitude, seul Ottolenghi sait faire cet effet là.

Ottolenghi
287, Upper street
Londres
http://www.ottolenghi.co.uk/