Bijoux iodé

Marennes-Oléron

Marennes-Oléron à Rochefort sur Mer

Ceci n’est pas un lot de cagettes verdâtres débordant de coquilles. C’est un voyage au fond des mers. C’est un courant d’air à marée basse un jour de ciel bleu de printemps. C’est un lagon dans un chemin boueux.
Nemo serait tout-fou devant ce spectacle, il aurait un tapis de rocailles où se grater les écailles. C’est dans les bassins de Marennes que l’on trouve cette carpette d’huitres si spéciales.

L’hiver, elles ressemblent bon-an mal-an à toutes ses consoeurs, épaisses, goulues, déversant leur trop plein de serum lacté dès la première bouchée. Mais quand arrive l’été, les beaux jours et leurs soirées encore fraîches, elles revêtent leur plus bel atour, ce vert d’émeraude qui pourrait voler la vedette à la nacre d’une perle. Car à chaque ouverture, la vitrine de la bijouterie lève le rideau.
Sa collerette de reflets verts-bleus dignes d’une mer orageuse ensorcelle.

Madame exige d’être affinée en eau claire pour acquérir cette couleur si particulière. Fine et très iodée, son charme semi-précieux éclate à la première bouchée. Et alors, même l’éternité d’un diamant ne saurait lui voler sa place de préférée.

Trouver des Marennes-oléron : au marché couvert de Rochefort sur Mer,
les mardi, jeudi et samedi

Cérémonie d’ouverture à Londres

Fromagerie Londres

Un samedi matin d’été. Il fait frais, je traverse le London Bridge à pied et m’arrête pour profiter de l’onde de sérénité qui s’échappe de la Tamise. Tower Bridge en face porte 5 anneaux multicolores : la citadine n’a jamais regroupé autant de muscles au mètre carré, il se trame un truc qui s’appelle les JO.

Le marathon que je suis venue chercher est celui des échoppes de producteurs locaux du Borough Market. Je ne sais pas où donner de la tête. Les pains de campagne font la course, les stands de burgers veggie sont dans les starting blocks, je sprint pour goûter chacun des english cakes.

En sortie de virage du marché, une échoppe à fromage. Belle, devanture en bois d’un bleu profond, immense vitrine donnant sur les rangées de fromage. Je suis au pays du pudding fluo mais mes yeux m’envoient en Aubrac. Des tonnes de fromage prêts pour concourir au lancer de poids du meilleur affinage. A en croire l’affluence d’english à l’intérieur, le goût pour la moisissure a pris l’Eurostar lui aussi.

La sélection officielle des fromages anglais et autres divisions, c’est au Borough market, le marché trop cool de Londres

Lumière sur la salade

Salade Ferry Building Market San Francisco

Le soleil entre sur cette caisse de feuilles vertes comme une illumination. Elue par le marchand pour sa fraîcheur, elle éclate de vitalité dans sa cagette, autant qu’un diamant dans un tas de charbon. Si on se laissait choir dans ce volume aérien, on y rebondirait.

Ses nuances de vert et de couleur terre rappellent les temples de Bagan en Birmanie, au crépuscule. C’est pourtant dans la ville des foodies que la multiplication s’opère, plus précisément au ferry building market de San Francisco. Il rassemble tant de veggies dévoués qu’elle trouvera bien une âme charitable pour lui offrir l’hospice de son panier et plus si affinité.

A San Francisco, they don’t « messe » avec la fraîcheur des ingrédients.

Le ferry building de San Francisco c’est là :
et on est sûr d’y trouver de quoi dévorer un breakfast à l’américaine – mais local, et au moins un éleveur de chèvre avec son bâton de pèlerin.

 

Twilight à Porto

Mercado do Balho

Ciao les zombies. Au marché couvert de Porto, on renvoie les silhouettes errantes et les visages livides aux castings des box office américains à coup de bottes d’ail. De quoi filer la frousse à ceux qui trainent des pieds dans les allées, les bras tendus et la canine saillante.

Ces petits bulbes blancs aux vertus répulsives ont pris de la hauteur et s’affichent fièrement en rang d’Oignon. Si bien qu’on pourrait tendre la main pour les collectionner, comme les trophées des manèges de notre enfance.

Si les vampires ont déserté le marché, les bons vivants les ont remplacés, avec leurs teints de pêche, les joues rosies et quelques protubérances estomacales – les pasteis de nata du stand voisin y sont surement pour quelque chose.

Mercado Do Bolhão‎, Porto

Nemo

Nous sommes au marché de Rochefort sur mer, un samedi d’automne. Les vacanciers errants du mois d’août ont disparu. Sous un soleil généreux d’été indien, les habitués de la région ont repris leurs droits et déambulent, sûrs d’eux, vers le producteur de leur choix. En haut de l’allée à droite, le pépé aux tomates sucrées. Ici, le producteur de chèvres. Là, les fraises tardives de Charente.

Dans le marché couvert, les étiquettes des poissons ont perdus quelques euros dans les filets de l’affluence estivale. Sur cet étal, l’œil est brillant, les écailles scintillantes, le corps garni. Celle-ci n’attend que d’être pesée –vidée-cuisinée.
Quelques branches de romarin, des quartiers de tomate, des tranches de citron et oignons émincés, et zou, 20 minutes au four. La chair se décolle de l’arrête, oui c’est bon, la dorade est prête. Sa chair est ferme, fine et savoureuse, et nous rappelle que le poisson en bord de mer est un délice trop vite oublié à la ville.

Marché de Rochefort sur mer, tous les mardis, jeudis, samedis matin.
17 300, Charente Maritime

Recette :
Dorade 900gr pour 4/5 pers. 
½ citron coupé en rondelles
3 branches de romarin
1 belle tomate
1 oignon
Enfourner la dorade et tous les ingrédients émincés pour 20 min environ. 
Vérifier la cuisson à l’arrête (la chair doit se décoller)

La princesse au petit pois

Muesli maison, pain au levain naturel, fromage de chèvre, huile d’olive, épices, nous sommes ici en terre veggie, loin du combo frites-pizza-coca, et pourtant bien en Amérique. Et ce royaume piece and love aurait de quoi faire passer les américains pour des sains.

Les cosses de petits pois qui s’échappent de ces sachets tout prêts ne semblent-ils pas quémander une rencontre royale avec l’un de ces brocolis violets qu’on trouvera plus loin ? Oh que si !
Au détour d’une rangée de légumes verts, on s’aventure dans un smoothie détox à l’herbe. Oui oui, à l’herbe, comme du gazon. Et parce que notre organisme est vraiment purifié maintenant, on a bien le droit à un œuf au plat sur une saucisse grillée –mais bio !

Un soleil rasant d’un matin de printemps, des dizaines de producteurs locaux, des sacs en papier, le ferry building market de San Francisco est définitivement plus bobo que les bo-bios du marché Raspail.
A voir absolument l’estomac vide pour enchanter ses papilles.

Ferry Building Marketplace
1, Ferry building
San Francisco, CA
Ferrybuildingmarketplace.com

L’appel du bagel

Il n’est que 11h un dimanche matin à Londres, mais sur le marché aux fleurs de Columbia road, l’apparition surprise de ce bagel m’a fait l’effet d’un creux soudain dans l’estomac.

Calé entre ses copains au bacon ou au saumon, c’est celui là que je veux : ses couleurs vives et harmonieuses me font oublier que nous sommes au pays du pudding fluo.
Pommettes de pain moelleux tacheté de sésame, joues rosies de tomates, sourire de roquette, et coussin de cream cheese, il semble confortablement assis en cascade.
Il est si épais que sa grande bouche ouverte semble scander « I’m delicious ».

L’envie me prend de croquer à pleines dents dans cette savoureuse profusion, comme pour retrouver l’opulence d’un fauteuil de cuir dans lequel on se laisse enfoncer.
Je crois que c’est ce qu’on appelle la « comfort food ».

Columbia Road
Londres, station Hoxton