Il était une fois dans l’oued


Mes souvenirs du Maroc s’empilent comme les cagettes de cette camionnette.Le lever du soleil, postée en haut d’une dune à 5h45 dans le désert de Merzouga, la traversée d’une palmeraie de 5km à pied, une promenade à dos de dromadaire dans une tempête de sable, l’arrivée au village d’Aït ben haddou infiltré d’une lumière rouge…
Sur le dessus de la pile, ce sont aussi ces salades de tomates à l’huile d’argan, le thé à la menthe offert dans une bicoque du souk, les tajines de légumes sous une tente berbère, une pastilla de la place Jemaa el Fna.Là, ce qui fait sacrément pencher le véhicule sur le côté, c’est l’accumulation de toutes ces pâtisseries, au miel, à la figue, à l’amande, à la pistache, aux noix, aux dates. 1000 et une raisons d’en reprendre, ou la transformation d’Esmeralda en éléphant d’Afrique.Et pour finir, dans la caisse orange s’amoncellent les Msemen, ces crêpes de petits déjeuners et les harcha, crêpes de semoule fine accompagnées d’oranges pressées, dégustées dans la cour ombragée d’un riad : mes meilleurs moments de chaque journée ensoleillée.

Pour revivre un petit déjeuner marocain : recette de Msemen

Grenade en mal d’explosion

Il faut avoir gravi la montée qui mène à la tour Galata d’Istanbul pour se voir offrir un spectacle si pétillant. Le rouge vif de la grenade tranche avec le pavé terni et le plastique primaire de la cagette. Les oranges rappellent la nuance rosée de leurs voisines, elles flattent leur teint incandescent. Alors, au risque de voir diminuer cette source de lumière, on s’offre, sur le trottoir, un jus minute de ces joyaux.

Mais la grenade est menteuse, si chatoyante, et pourtant si fade ? Une chaire joliment dentelée mais si peu explosive ? Mais pourquoi ne remplit-elle pas cette promesse de douceur sucrée ?!

Cette première tentative dégoupille une légère déception, mais rappelle le charme d’un moment de découverte sur une place étrangère, dans une langue inconnue et un climat trop doux pour un automne parisien.

L’essai suivant aura été le bon, l’acidité de ses petits grains se sera cette fois-ci mariée à l’âcreté du tahini et de l’aubergine. La grenade se laisse cuisiner.

Place de la tour Galata
Sishane, Istanbul
Turquie